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mardi 3 mars 2015

Quel euro et quelle Banque centrale pour l’Europe ?




Instituée le 1er juin 1998, la BCE est dotée de la personnalité juridique. Personne morale indépendante elle est chargée du bon fonctionnement de l’Union économique et monétaire en dirigeant le système Européen de banques centrales. Sa mission est la stabilité des prix en définissant la politique monétaire de l’Union et la coordination des politiques. Depuis la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, la BCE est l’objet de toutes les attentions. Les récents infléchissements vers une plus grande harmonisation au sein de l’Union posent la question de l’avenir de cette institution.

L’évolution de la BCE durant la crise

Dès le 22 septembre 2008, les ministres des finances et gouverneurs des banques centrales du G7 donne le ton en s’engageant à protéger le système financier. Moins d’un mois plus tard le G20 s’engage sur un soutien à l’économie. Ce qui conduit cette même instance à instituer le conseil de stabilité financière en avril 2009, qui décide en septembre de mettre en place un renforcement de la coopération économique.
Cette coordination a pour conséquence immédiate d’assouplir considérablement les conditions de refinancement des institutions financières, comme en témoigne l’évolution des taux d’intérêt.


Parallèlement, des pratiques de financement dites non conventionnelles apparaissent. Dès septembre 2008, on organise des lignes de swap entre banques centrales pour satisfaire les besoins de liquidité en US$. En octobre 2008, la liste des titres éligibles est élargie. En mai 2009, les durées des financements à 12 mois (décidées en mai 2009) des institutions financières contractés en 2009 sont repoussées à décembre 2010… On renonce à toute politique quantitative sous réserve que les titres soient éligibles. En juin 2009, une politique d’achat d’obligations sécurisées est mise en place… L’ensemble s’accompagne d’une réflexion sur la régulation et le contrôle du système financier.
Les conséquences sur les finances publiques du ralentissement économique sans précédent qui découle de la crise financière conduit à de fortes inquiétudes des institutions financières envers les dettes souveraines et les pays les plus fragiles de la zone euro se trouvent au bord de la cessation de paiement dès le printemps 2010.


La dette publique de la zone Euro passe de 5994 milliards à fin 2007 de 8600 milliards fin 2012, de 66.4% à 90.6% du PIB de la zone. Le 2 mai 2010 le plan d’adoption d’aide à la Grèce est adopté, le 10 mai 2010, la BCE lance un programme d’intervention sur les obligations publiques et privées afin de refinancer les titres.
Commence alors une deuxième phase d’intervention visant à désamorcer les spéculations sur la chute de l’Euro, à sécuriser les obligations d’Etat et à financer les Etats les plus fragiles. Le 30 juin la BCE met un terme à sa politique de rachat d’obligations sécurisées et décide de les garder jusqu’à leur échéance. En décembre 2011, des opérations de prêts à plus longs termes des banques sont mises en œuvre 489 milliards sont prêtés à 523 banques pour une durée de 3 ans, suivies en mars 2012 de prêts à 800 banques de 530 milliards sur la même durée, permettant ainsi un refinancement plus aisé des obligations publiques et privées.
L’activité de la BCE se reflète sur son bilan et sur ses bénéfices




Au bilan 2012 le compte de réévaluation qui comptabilise les plus values latentes sur les actifs et passifs s’élevaient à plus de 23 milliards d’euros en 2012 et les provisions à 7.5 milliards.

L’euro une monnaie refuge
Malgré les difficultés, l’euro a conservé sa place internationale. Entre 2007 et 2013, la parité US$/€ a varié mais il n’y a pas eu de décrochage entre les monnaies, alors que la £ s’est fortement dévaluée quand la couronne danoise restait remarquablement stable et que le franc suisse et le yen s’évaluaient.

L’euro est la première monnaie d’émissions des titres de dette devant le dollar la livre sterling et le yen et sa place reste stable. Un peu moins de 30% des réserves de change sont en euros.
L’euro est devenu une monnaie incontournable du paysage financier international. Ce statut de monnaie internationale et la rigueur de la gestion de la BCE explique sa forte valeur que beaucoup regrettent en France, car pesant sur notre compétitivité.

L’euro et l’espace économique de l’union
Les stratégies de change à l’intérieur de l’UE entre membres de la zone euro et pays ayant conservés leur monnaie nationale pointe une des grandes faiblesses de l’UE : l’hétérogénéité des situations économiques fiscales et sociales.
Il semble en effet que, suivant les impératifs intérieurs, certains pays (Pologne, Royaume-Uni, Roumanie, Hongrie) gardent délibérément un taux de change favorable à leurs exportations sur la zone.
D’autres (Danemark, Bulgarie, Lituanie, Lettonie) s’appliquent à stabiliser leur taux de change par rapport à l’euro. Les crises des pays du sud de l’union posent la question de l’optimalité de la zone euro.

La politique des taux de change

La question principale est l’harmonie entre la politique de maîtrise de l’inflation  et celle d’un niveau de l’euro acceptable par nos entreprises exportatrices par rapport au dollar et à la monnaie chinoise qui en générale se calle sur ce dernier. Deux problèmes dans cette gestion la volatilité de court terme et la valeur tendancielle. Ainsi le taux passait de 1.577 en juillet 2008 à 1.2732 en novembre de la même année, la tendance semble nous amener vers 1.30. Le taux de change en parité de pouvoir d’achat serait aujourd’hui d’environ 1.20. Chaque politique de hausse de taux pour combattre l’inflation se traduit par un enchérissement de l’euro
La politique de change dépend aussi des réserves de change disponibles qui autorise une intervention sur les marchés. Lorsque la chine affiche 3 181 milliards de $ de réserves en 2011[1], la BCE disposait de 165 milliards en mars dernier[2]. De plus, la politique de change ne relève pas directement de la BCE mais du conseil (art 111 du traité de Maastricht). La gestion du taux de change suppose une force de frappe que la BCE ne possède pas étant donné les volumes échangés quotidiennement sur le FOREX[3] qui est d’environ 4000 milliards de dollars.
Il faut donc certainement se résigner à une politique de change totalement flottant et asseoir notre compétitivité sur des coûts maîtrisés et une qualité supérieure.

La régulation et le financement des Etats membres.

La crise financière la montré la fragilité des institutions bancaires et le manque de possibilité de contrôle de la BCE, face aux pratiques de titrisations autorisant les opérateurs à s’affranchir des règles prudentielles. L’euphorie des opérateurs et leur déconvenue est visible. Depuis la crise seuls les produits de taux d’intérêt et sur devises continuent leur progressions.
Le durcissement des règles prudentielles et du contrôle des accords de Bâle ont conduit les opérateurs qui y sont soumis à s’éloigner des marchés des CDS alors que les fonds d’arbitrage et les conduits (SPV) après la déroute de 2008 ont repris leur activité de manières intensive.

 Ce qui pose la question du contrôle de ces sociétés non soumises à la réglementation des IFM. Il reste qu’ils ne représentent pas une part importante des montants (CDS : 1.88% des achats et 3% des ventes pour les Hedge funds, respectivement 2.05% et 0.93% pour les SPV)



La faible croissance économique est sans doute aussi partiellement responsable de ce tassement de l’activité sur les produits dérivés.
La maîtrise des crédits apparaît être essentielle à la stabilité économique. Les leçons à tirer de la crise financière passe par un examen de la création monétaire par le système bancaire à travers l’octroi de crédits. La corrélation entre les prix de l’immobilier et la croissance des crédits est évidente pour la crise des subprimes.


Le financement des Etats membres pose lui-aussi des problèmes dans la mesure où la BCE n’a pas le droit d’émettre des euro-bonds ni, sauf exception, de racheter des obligations des Etats membres.

Propositions

Le contrôle des crédits accordés par les IFM passerait par une obligation de couverture à 100% en monnaie centrale, comme le préconisait Maurice ALLAIS. L’épargne longue redevenant le régulateur principal des crédits, traduisant ainsi à travers les variations des taux la préférence des agents pour le présent.
Le financement des investissements des Etats membres serait effectué par des prêts accordés par la BCE sur proposition des membres du conseil de la zone euro et vote du parlement. La BCE pouvant se financer par émission d’euro bonds. Les marges générées abonderaient un fond de sécurité européen.
Afin d’éviter les effets ciseaux entre revenus et remboursements des emprunts et de connaître les engagements futurs l’ensemble des prêts devraient se faire à taux fixe.
La régulation des marchés financiers a été déjà développée dans le n°1065 octobre/décembre de la revue.
Les fluctuations entre l’euro et les membres de l’UE ayant conservés leur monnaie nationale devraient être contenues dans des proportions raisonnable de l’ordre de plus moins 10%. Il est tout à fait anormal de voir certains pays bénéficiant de la zone économique accroître leur compétitivité et leurs exportations sur la zone UE grâce à des dévaluations.
D’une façon plus générale l’adoption et le fonctionnement d’une monnaie unique suppose une zone économique harmonisée avec la mise en place d’une forme de subsidiarité supposant une autonomie financière d’un gouvernement central. Donc l’adoption d’une forme de fédéralisme avec les ressources et les prérogatives qui l’accompagnent. Ceci permettrait d’entreprendre une harmonisation fiscale et sociale apte à mettre un terme aux pratiques de dumping des uns et des autres.








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